©LAPS Architecture
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Type de MOA
Type de projet
Étape du projet
Houilles
France
- Taille de l'opération : 57 logements neufs
- Innovations : typologies de logements évolutifs et « à la carte », espaces communs, la terre comme matériau de construction
Le projet Maison Terre vise à explorer conjointement deux innovations majeures pour le logement de demain :
- L’habitat codividuel, qui propose un équilibre entre espaces privatifs et espaces mutualisés afin de renforcer les solidarités de voisinage et d’adapter le logement aux évolutions des modes de vie ;
- L’utilisation de la terre crue comme matériau de construction bas carbone, issu notamment des terres excavées du Grand Paris, afin de réduire l’impact environnemental du secteur du bâtiment.
Le projet repose sur l’idée que la transition écologique du logement ne peut être limitée aux seules performances techniques des bâtiments mais doit également intégrer une réflexion sur les formes contemporaines d’habiter. La terre crue est ainsi envisagée à la fois comme une ressource constructive locale et comme un matériau apportant des qualités de confort thermique, hygrométrique, acoustique et sensible favorables à la vie collective.
Au cours de son développement, Maison Terre a connu plusieurs évolutions majeures qui ont profondément enrichi la démarche de recherche.
- Évolution du site d’implantation : Le projet devait initialement être réalisé sur un terrain identifié à Sevran. Cependant, les évolutions de la stratégie urbaine de la commune ont conduit à réserver ce foncier à des équipements publics. Cette contrainte a nécessité une réorientation du projet vers un nouveau site d’étude à Houilles.
Ce changement a permis de tester la transférabilité du modèle codividuel dans des contextes immobiliers plus ordinaires et d’approfondir les questions de gouvernance, de montage juridique, de financement et de constitution des groupes d’habitants.
- Évolution du modèle constructif
Les premières hypothèses reposaient sur des techniques ambitieuses :
- pisé préfabriqué porteur ;
- briques de terre comprimée innovantes ;
- fabrication numérique et impression 3D terre ;
- panneaux de terre fibrée et remplissages en terre.
Les recherches ont toutefois montré les limites techniques et économiques de certaines solutions dans le contexte francilien. Les caractéristiques des terres locales, la fermeture de Cycle Terre et la nécessité de développer des systèmes réellement reproductibles ont conduit l’équipe à privilégier des solutions plus sobres, plus robustes et mieux adaptées aux ressources disponibles.
Repositionnement des objectifs
Progressivement, le projet a déplacé son centre de gravité :
- d’une logique principalement centrée sur la filière terre vers une réflexion plus large sur le confort des habitants ;
- d’une recherche sur les espaces partagés vers la notion de refuge climatique, capable d’apporter fraîcheur en été et confort en hiver grâce aux propriétés intrinsèques de la terre crue et à une conception bioclimatique.
L’expérimentation constitue le cœur du projet Maison Terre. L’équipe a mené un important travail de recherche sur les caractéristiques des terres franciliennes, leur disponibilité, leur état hydrique et leur compatibilité avec différentes techniques constructives. L’objectif a été d’adapter les procédés de construction aux ressources réellement présentes sur le territoire plutôt que d’imposer une technique unique.
Les travaux se sont concentrés sur l’étude des performances de différentes combinaisons terre-fibres afin d’améliorer :
- le confort thermique ;
- la régulation hygrométrique ;
- le confort acoustique ;
- le confort d’été face aux effets du changement climatique.
L'expérimentation permet aussi de mettre en avant les limites rencontrées :
- abandon progressif du pisé porteur comme solution principale ;
- abandon de l'impression 3D terre ;
- prise en compte de la fermeture de Cycle Terre ;
- recentrage sur des systèmes compatibles avec les terres réellement disponibles en Île-de-France.
Dans le cadre de l’accompagnement de l'incubateur Engagés pour la qualité du logement de demain, un démonstrateur à l’échelle 1 avait été envisagé pour expérimenter physiquement les qualités spatiales de l’habitat codividuel et les propriétés sensibles de la terre crue. Bien que ce démonstrateur grandeur nature n’ait finalement pas pu être exposé pour des raisons scénographiques, le travail de conception réalisé a permis de définir trois types de parois expérimentales :
- une paroi extérieure à dominante fibreuse pour l’isolation thermique ;
- une paroi terre-fibres entre logements pour le confort acoustique et hygrométrique ;
- une paroi en adobe à forte inertie entre logements et espaces codividuels.
Ces prototypes restent aujourd’hui au cœur de la stratégie expérimentale et doivent permettre de tester les performances acoustiques, thermiques, hygrométriques, la résistance au feu et les qualités d’ambiance des solutions développées. Ils correspondent aux verrous techniques qui restent à lever avant une opération réelle de logement collectif.
Le programme Engagés pour la Qualité du Logement de Demain a constitué un cadre particulièrement favorable à la maturation du projet. L’incubation a permis de faire évoluer Maison Terre d’un projet démonstrateur localisé à Sevran vers une réflexion plus systémique sur les conditions réelles de développement d’un habitat codividuel bas carbone.
L’incubation du projet a permis de transformer le concept de codividualité en un modèle opérationnel et reproductible. Fondé sur l’association de logements privatifs et d’espaces mutualisés favorisant les usages partagés, l’entraide et l’adaptabilité des modes de vie, ce modèle a été approfondi grâce à une étude qui en a validé la faisabilité juridique, économique et organisationnelle. L’étude a notamment défini un schéma reposant sur des ensembles d’environ huit logements partageant 15 à 25 % d’espaces communs, adossés à un montage associant copropriété classique et SCIA pour la gestion des espaces mutualisés. Elle a également identifié les principales conditions de réussite du dispositif : accompagnement des habitants, gouvernance collective, intégration dans les processus de promotion immobilière et sécurisation des montages financiers. Cette phase d’incubation a ainsi permis de passer d’une réflexion théorique sur de nouvelles formes d’habiter à une feuille de route concrète pour le développement d’opérations codividuelles conciliant innovation sociale, qualité d’usage et transition écologique.
Les principaux enseignements à l'échelle du projet sont par ailleurs :
- l’importance déterminante des questions foncières dans la réalisation des projets innovants ;
- la nécessité d’articuler innovation constructive, gouvernance, montage juridique et accompagnement des habitants ;
- la difficulté de structurer une filière terre crue à grande échelle sans adaptation aux ressources locales ;
- l’intérêt de privilégier des solutions techniques simples, sobres et reproductibles ;
- la complémentarité entre innovation sociale (codividualité) et innovation environnementale (terre crue).
Au final, le projet n’a pas seulement produit des pistes constructives. Il a permis de construire une méthode de travail fondée sur l’expérimentation, l’adaptation aux réalités territoriales et la recherche de solutions transférables pour le logement collectif. Maison Terre apparaît ainsi comme un laboratoire de réflexion sur les liens entre transition écologique, confort d’usage, filières locales et nouvelles formes d’habiter, pleinement en cohérence avec les ambitions du programme Engagés pour la qualité du logement de demain.
- Collectivité : Ville de Houilles
- Maîtrise d'ouvrage : QUARTUS
- Architecte : LAPS Architecture
- Structure de recherche : IPRAUS
- Autres membres de l'équipe : CYCLE TERRE, Agence Franck Boutté Consultants, ALIA BENGANA architecte, Deux Microns, le Sens de la Ville