Vue de l'escalier principal © Totem
Coupe transversale © Totem
Quartier Davu Dago © Totem
Vue d'une composition de module © Totem
Type de MOA
Type de projet
Étape du projet
Mamoudzou
France
- Taille de l'opération : 17 logements
- Nature : 17 PLAI
- Typologies : T1 (3), T2 (4), T3 (3), T4 (3), T5 (4)
- Surface SDP : 980 m²
- Innovations : matériaux biosourcés et locaux, logements modulables, modèle reproductible
Implanté au coeur du village de Doujani, le projet Davu Dago s’inscrit dans le cadre de l’aménagement de la ZAC portée par l’EPFAM. Cette opération de Logement Locatif Très Social Adapté (LLTSA) vise à reloger des ménages vivant actuellement en situation d’habitat informel, dans des logements décents, durables et adaptés aux usages locaux. Le projet propose un nouveau mode constructif visant à réduire les coûts de construction, valoriser les ressources locales (notamment en développant la filière du bambou), et régionales afin de faire monter en compétences les constructeurs et entreprises locales.
Le projet s’inscrit dans une démarche globale fondée sur les principes de bio-climatisme, de circuits courts, de développement d’une économie locale, de l’utilisation de matériaux bio et géo sourcés, d’innovation, de contemporanéité et de réplicabilité.
Le système constructif mis au point pour le prototype de logement à bas coût DAVU DAGO est simple et répétitif.
Le bâtiment se divise en trois grandes parties :
- une base en béton posée sur des pilotis et fondations isolées afin de permettre l’implantation dans un terrain en pente importante, celle-ci assure une assise stable, antisismique, anticyclonique et pérenne pour l’ensemble du bâtiment,
- une ossature légère composée de portiques en bambou et de murs en lattis bambou avec un remplissage en terre allégée sous la forme de torchis,
- une couverture, des casquettes et des façades en tôle, matériau industriel simple et efficace que l’on retrouve fortement dans le paysage architectural mahorais.
La structure associe béton et charpente en bambou, tandis que les murs de pignon sont réalisés en torchis, protégé par des enduits en terre et chaux. Les façades principales, légères et largement ouvertes, favorisent la ventilation et la relation à l’extérieur.
Les murs en torchis sont constitués d’une ossature en bambou, d’un remplissage en torchis, puis d’un enduit en terre, dont la composition fait l’objet d’un suivi spécifique. L’ensemble présente une épaisseur totale de 24 cm. Afin d’obtenir un rendu lisse et contemporain, l’enduit en terre est recouvert d’un badigeon à la chaux. En façade extérieure, ce revêtement est maintenu et protégé par une cornière métallique.
Le projet mise également sur les espaces végétalisés, qui permettent de gérer la chaleur. Ils sont présents entre les immeubles, sous forme de parcelles potagères attribuées à chaque logement, et au centre du quartier, où un espace plat est dédié aux usages des habitants.
Forts de la mission de maitrise d’oeuvre confiée par l’EPFAM, de l’accompagnement par les programmes Engagés pour la qualité du logement de demain et TOTEM (PUCA), le projet DAVU DAGO s’est précisé et concerne aujourd’hui la réalisation de 17 logements répartis dans 6 bâtiments. Les études du projet Davu Dago ont débuté par un travail de recherche approfondi sur les techniques constructives traditionnelles en bambou et en terre, à la fois localement et à l’international, afin d’identifier des modes de mise en oeuvre adaptés au contexte mahorais, à ses usages, à son climat et à la diversité de ses terrains. Ces études continuent tout au long du projet et de son chantier pour ajuster et adapter les techniques en fonctions des entreprises et des aléas.
Le projet se compose de 17 logements, répartis au sein de 6 bâtiments, conçus comme des modules seuls, doubles ou triples, permettant une grande souplesse d’adaptation au site et au programme. Deux gabarits de bâtiments se développe sur trois niveaux et sur une largeur de 6,5m permettant des espaces traversants, favorisant la ventilation naturelle nord/sud, indispensable au confort thermique en climat tropical
Le chantier a démarré en octobre 2024 et se poursuit actuellement, les techniques constructives ont été stabilisée, des prototypes ont permis d’affiner certain détails et la livraison prévisionnelle est pour fin 2026.
- Collectivité : Commune de Mamoudzou
- Maîtrise d'ouvrage : L’Établissement Public Foncier et d'Aménagement de Mayotte (EPFAM)
- Architecte : Julien Beller Architecte
- Structure de recherche : Post master en architecture des territoires DSA TER, au sein du laboratoire AHTTEP de l’ENSA Paris la Villette, Umr AUSser 3329 CNRS
- Autres membres de l'équipe : EFUZIF, BET Stratégie Bois, MLEZI MAORE
Initialement, les concepteurs avaient le souhait de mettre en œuvre des planchers béton avec des chaumes de bambous à l’intérieur afin d’alléger la dalle. Cette technique est utilisée en Amérique latine, décrite dans des livres de construction bambou mais ne peut être réellement calculée. Cette expérimentation a du être être retirée du projet car rejetée par le bureau de contrôle.
Dans le cadre de l'utilisation de la terre crue pour le torchis, l’objectif étant d’utiliser la terre issue du site et de valoriser la ressource d’excavation, les recherches préliminaires ont été réalisées à partir d’un échantillon de la terre du site, associé à six sources de fibres différentes récoltées sur le territoire.
Les résultats obtenus seront mis en comparaison avec ceux issus des essais en laboratoire, afin d’évaluer les écarts éventuels entre les tests empiriques et les analyses scientifiques. Dans l’hypothèse où la terre du site ne conviendrait pas à la réalisation des murs en torchis de remplissage et des enduits, ces tests permettront néanmoins de caractériser les propriétés de la terre requise pour ce type d’application.
Suite aux tests de Carazas et du cigare la terre présente une dominante argileuse marquée, entraînant des phénomènes de retrait et de fissuration. L’ajout de fibres végétales apparaît donc nécessaire afin de stabiliser le matériau, de limiter les fissures au séchage et d’assurer une meilleure cohésion du torchis.
Enfin, pour une terre très argileuse telle que celle étudiée, l’incorporation de sable ou de fibres permet de stabiliser le mélange.
Les tests et prototypes à l'échelle un ont permis de confirmer l’intérêt du mélange padis / feuille de bananier. Toutefois, bien que l’ajout de sable se soit révélé pertinent, celui-ci n’était pas prévu dans le marché initial. Les deux mélanges suivants ont donc porté sur la variation de la teneur en eau du mélange padis–feuille de bananier, afin d’aboutir à une formulation plus simple à mettre en oeuvre et de valider, ou non, la nécessité d’un ajout de sable au marché.
Ces essais ont également mis en évidence une difficulté organisationnelle : en termes de composition et de mise en oeuvre, il aurait été plus cohérent que le lot 05 (torchis et enduits) soit également en charge de la chaux, initialement attribuée au lot 13 (peinture). Ce point constitue un retour d’expérience important pour les projets futurs.